L’Étranger

6.8
2025 2h 0min Film
Voir la bande-annonce

Synopsis

Alger, 1938. Meursault, un jeune homme d’une trentaine d’années, modeste employé, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau. Puis il reprend sa vie de tous les jours. Mais son voisin, Raymond Sintès vient perturber son quotidien en l’entraînant dans des histoires louches jusqu’à un drame sur une plage, sous un soleil de plomb…

Notre avis

L'Étranger (2025) : François Ozon face au mythe de Camus – Une Adaptation Audacieuse et Essentielle

L'année 2025 s'annonce déjà comme un millésime cinématographique à marquer d'une pierre blanche, et ce, en grande partie grâce à l'annonce de la sortie de L'Étranger, le nouveau film de François Ozon. Porter à l'écran l'œuvre monumentale d'Albert Camus est un défi que peu de cinéastes oseraient relever, mais Ozon, maître des psychologies complexes et des atmosphères troubles, semblait prédestiné à s'approprier ce chef-d'œuvre de la littérature du XXe siècle. Avec un casting de premier ordre et une promesse d'exploration profonde de l'absurde, cette adaptation était attendue avec une fébrilité mêlée d'interrogations. Le résultat, nous allons le voir, est à la hauteur des espérances, et même au-delà.

Synopsis : Au Cœur de l'Absurde sous le Soleil d'Alger

Le film nous transporte à Alger, en 1938, et nous plonge dans le sillage de Meursault, un jeune homme d'une trentaine d'années, modeste employé, dont l'existence semble glisser sans aspérités ni grandes émotions. Dès les premières scènes, Ozon nous confronte à l'événement fondateur du récit : l'enterrement de sa mère. L'indifférence affichée de Meursault, son absence de larmes et sa préoccupation pour des détails triviaux ("je ne sais pas l'âge de ma mère") donnent le ton d'une personnalité en décalage flagrant avec les attentes sociales. C'est le point de départ d'une immersion dans l'esprit d'un homme qui, comme le dira Camus lui-même, "joue le jeu" sans y croire, étranger à lui-même et au monde.

Le lendemain même de ce funeste événement, Meursault entame une liaison dénuée de passion avec Marie, une collègue de bureau. Leurs interactions, filmées avec une distance clinique, soulignent l'incapacité de Meursault à se conformer aux rituels amoureux et aux démonstrations sentimentales. Sa vie quotidienne reprend son cours, monotone et observée avec une précision quasi documentaire par la caméra d'Ozon. Mais cette routine est bientôt brisée par l'intrusion de Raymond Sintès, un voisin louche et violent, proxénète notoire, qui entraîne Meursault dans une spirale d'événements troubles. De la confrontation avec un amant jaloux à la rédaction d'une lettre de vengeance, Meursault se laisse porter par les circonstances, sans véritable volonté, sans jugement moral apparent.

L'apogée du drame survient sur une plage, sous un soleil de plomb écrasant, véritable personnage à part entière du récit. C'est là que Meursault, aveuglé par la lumière et la chaleur, commet l'irréparable : le meurtre d'un Arabe. L'acte est dépeint non pas comme une explosion de rage ou une préméditation, mais comme une conséquence quasi mécanique de l'environnement, de l'ennui et de l'absurdité de l'instant. S'ensuit alors le procès, où Meursault est jugé moins pour son crime que pour son comportement non-conformiste à l'enterrement de sa mère, pour son incapacité à pleurer, à mentir, à jouer le rôle que la société attend de lui. C'est la mise à nu d'une vérité dérangeante : l'homme est condamné parce qu'il est étranger aux codes, aux émotions attendues, et à la "comédie humaine". Le film de François Ozon capture avec une intensité rare cette descente dans l'absurdité de la justice et de l'existence.

Fiche Technique Détaillée

Catégorie Information
Année de sortie 2025
Genres Crime, Drame
Réalisateur François Ozon
Acteurs principaux Benjamin Voisin (Meursault), Rebecca Marder (Marie), Pierre Lottin (Raymond Sintès), Denis Lavant, Swann Arlaud, Christophe Malavoy, Nicolas Vaude, Jean-Charles Clichet, Hajar Bouzaouit, Mireille Perrier
Durée 120 minutes (2h00)
Basé sur Le roman "L'Étranger" d'Albert Camus

La Vision de François Ozon : Réinventer un Classique

Adapter L'Étranger est une gageure. Comment traduire à l'écran la voix intérieure de Meursault, son regard froid et dénué de jugement, l'absurdité intrinsèque de son existence ? François Ozon, avec sa filmographie riche en portraits psychologiques (Sous le sable, Jeune & Jolie, Grâce à Dieu), se révèle être le choix idéal. Sa capacité à sonder les profondeurs de l'âme humaine, à déconstruire les conventions sociales et à créer des atmosphères à la fois élégantes et dérangeantes, trouve ici un terrain de jeu exceptionnel. Ozon ne cherche pas à intellectualiser l'œuvre de Camus à l'excès, mais à la rendre viscérale, sensorielle.

Le réalisateur français opte pour une mise en scène d'une précision chirurgicale. Chaque plan est pensé pour refléter l'état d'esprit de Meursault, le décalage entre son monde intérieur et les attentes du monde extérieur. L'esthétique du film est à la fois lumineuse et oppressante, avec un travail remarquable sur la lumière naturelle d'Alger, qui devient un personnage à part entière, accentuant la moiteur, l'ennui et finalement l'irréversibilité du destin. Ozon parvient à filmer l'indifférence sans la rendre indifférente au spectateur, un paradoxe qu'il résout par une attention méticuleuse aux détails, aux silences, aux regards. Il ne porte pas de jugement, il montre, laissant le public face à ses propres interrogations morales et existentielles. C'est une œuvre qui, loin de se contenter d'illustrer, cherche à dialoguer avec le

Réalisé par : François Ozon
Titre original : L'Étranger
Retour en haut